Mar 01 2008
l’affaire mourtada
i don’t like facebook too much, it is mainly a waste of time: if i want to contact my friends i prefer to write emails, if i want to satisfy my ego, i update my website. there is really no need for facebook on the web. but these days are so crazy that even facebook can become something to fight for, can become the flag of freedom of expression!
fouad mourtada is a young moroccan engineer and he probably thought that facebook could have been what it claims to be: just fun.
so, what is more fun than creating a fake account on facebook pretending to be someone you are not? maybe even someone famous, like the king’s brother, the prince moulay rachid? fouad did just that. using google he found some pictures of the prince and in a couple of seconds he created the account on facebook. after that, like anyone else, he simply got bored of facebook and forgot about it. he never sent any message to anyone from that account.
but some time later, the police knocked on his door, and his life changed. he was arrested, imprisoned, tortured and judged. modern morocco and its self proclaimed democratic transition (btw, is it a transition “towards” or “away from” democracy?) show no mercy for a young engineer who dared using the name of the prince for a simple game.
internet is literally under control in morocco since a few years. access to several sites has been limited recently for different period of time, some of them are still impossible to access even these days: google-earth, youtube, islamists’ sites, polisaro’s sites.
in other arab countries the situation is not promising anything better. only a few weeks ago, on february 12th, the ministries of communication from countries in the arab league agreed in a written document on the necessity of creating regional restrictions to satellite broadcasting in order not to “negatively affect social peace, national unity, public order, and public morals” and not allow to “defame leaders, or national and religious symbols”. only lebanon and qatar (from where al-jazeera broadcasts) opposed to this documents.
fouad has been convicted to three years in jail, for doing nothing. his story has been covered by the most important international media and he got support from human rights organizations across the globe. the real hope for him comes from moroccan themselves. his friend have created a website to support his cause and next saturday there will be a sit-in in casablanca. if you go there, say for me: “free fouad”.
Good article,
Just a correction there, the police didn’t knock on Fouad Mourtada’s door, oh no. He was kidnapped off the street the morning of February 5, as he was leaving home to go to work. They blinfolded his eyes and forced him into a vehicle, they covered him with a sheet, drove few loops for 15 min before they changed vehicles, then they drove to an anonymous building where he was TORTURED emotionally and physically for 36 hours!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Fouad lost consiousness over and over, he was surprised to learn it was wednesday when he woke up in another location, this time the police premises.
Can you imagine how his heart was beating when he was on the vehicles!!!!!!Will he ever recover from that experience, he would never feel safe to walk on the street again! They ruined him for life,
many thanks for the correction Freedom.
p.
Ton post initial me met dans une position fascinante et stimulante : celle de la contradiction dans la confiance et l’amitié. Je comprends ton combat et ton engagement par rapport à la situation de Fouad Mourtada. Je partage les valeurs que tu défends. Mais ta description des choses participe pour moi à la confusion et à l’amalgame qui entourent ce dossier. Elle est en outre injuste par rapport à la situation d’Internet, et plus généralement, à la situation de la libre expression au Maroc. Pas l’endroit pour écrire un long commentaire, mais je partage quelques remarques.
1. La liberté d’expression comme la circulation du savoir, des idées et des opinions ne sont ni un donné, ni un acquis. Elles reuqièrent une posture, une vigilance, un combat (ou une défense) toujours recommencer. Ne jamais baisser les armes, mais militer, critiquer, dénoncer, décrire, observer. C’est vrai ici, comme ailleurs. Dans des démocraties hésitantes comme chez celles qui ont fait leur preuve. Personnellement : je serai toujours de ce combat.
2. Le traitement policier et judiciaire de la situation de Fouad Mourtada est ubuesque. Je vous suis, Freedom et toi, sur la dénonciation de ce qui s’est passé, sur les abus, les excès, les conditions dramatiques et effrayantes dans lesquelles l’action a été prise. 3 ans d’emprisonnement pour avoir usurpé une identité sur un outil aussi ludique et sans danger que FaceBook? Je suis d’accord avec vous. Ce n’est plus le combat de la liberté d’expression, c’est le combat contre l’injustice.*
3. Mais partir de ces abus pour déclarer que ‘internet is literally under control in morocco since a few years’, je ne suis pas d’accord. C’est tomber dans un autre excès. Nous connaissons toi et moi le taux de progression de pénétration d’Internet au Maroc, nous connaissons les initiatives qui sont menées (dans le domaine de l’éducation, des médias communautaires, de la voix donnée à la société civile), nous savons qu’il est possible via le web (davantage que sur d’autres médias peut-être) de s’exprimer à peu près sur tout.
4. En raison du scandale Mourtada (car c’est un scandale), faire du Maroc le mouton noir de la liberté d’expression sur le Web, ce n’est pas vrai, ce n’est pas juste. Les sites que tu cites ont en effet connaît des difficultés : une suspension de quelques mois pour Google Earth, 2 jours d’interruption pour YouTube. Je ne connais pas les autres sites que tu mentionnes et qui restent inacessibles. Mais le fait est là : Google Earth fonctionne, YouTube a été remis en ligne après la courte interruption, c’est la preuve que la vigilance paie et que le Maroc n’est ce trou du noir que tu décris.
5. L’assimilation avec les autres pays arabes me semble elle aussi assez faible et assez injuste. Dans cette assimilation, on respire le parfum de la dictature policière ou de l’absolutisme monarchiste. Ce que tu cites est bien évidemment indéfendable - mais il y a de larges écarts entre la situation du Maroc et celle de la Tunisie, ou d’autres pays plus à l’est sur le planisphère. Parlons de régulation. On peut donner 2 visages à l’ANRT (l’autorité marocaine de régulation des télécommunications) : celui du bras techno-administratif d’un Ministère de l’intérieur ultra-répressif. Ou celui d’une autorité de régulation responsable, qui essaie d’édicter quelques règles (et les faire respecter) pour protéger le développement sauvage du marché au détriment des utilisateurs, ou même : pour protéger le secteur d’une main mise plus abrupte et moins raisonnée. La volonté de transparence, la décision d’édicter des règles, et le choix d’une autorité indépendante est à mon sens davantage au crédit du Maroc qu’à son détriment. (Je ne suis pas naïf non plus : je connais les errances et les dysfonctionnements… mais j’essaie de parier sur les éléments constructifs plutôt que de me lamenter ou de crisper sur les côtés les plus tristes).
6. Un dernier point (qui nous éloigne - un peu - de la situation d’internet au Maroc) : prendre l’identité de quelqu’un d’autre (sur FaceBook ou ailleurs, qu’on soit frère du roi ou simple citoyen, au Maroc ou partout ailleurs dans le monde) n’est pas pour moi une blague de potache. Je ne suis pas d’accord avec la façon dont tu relativises ce geste au début de ton post. Préserver les droits et le respect de la vie privée de chacun est aussi l’un des piliers d’une démocratie solide. Apprendre que quelqu’un s’est inscrit sur FaceBook en se faisant passer pour toi ne te donnerait pas un goût un peu amer ? Moi si. Cela ne signifie pas qu’il faille légiférer sur le Web. Cela ne signifie surtout pas que cela mérite 3 ans d’emprisonnement. Mais le Web doit en appeler à la responsabilité individuelle et à l’éthique de chacun. On ne peut faire n’importe quoi. Je ne suis pas d’accord avec toi quand, face à l’énormité de la sanction, tu effaces l’atteinte au respect de l’identité individuelle.
Je le répète : mon propos n’est pas de m’asseoir aux côtés de ceux qui ont condamné Fouad Mourtada. Mais je pense que les amalgames faits à l’occasion de cette affaire peuvent être à terme tout aussi périlleux et injustes pour l’avenir du web marocain.
j’espère que ta confiance et ton amitié ne soient pas mises en discussion par le fait que des fois nous n’avons pas le meme avis
merci beaucoup pour ton commentaire, « mon ami ». Comme d’habitude, j’apprends de toi la sagesse de la modération. j’avoue avoir été un peu approximatif dans mon analyse qui, par ailleurs, n’avait pas l’ambition d’être très approfondie. mais tes remarques et te critiques, qui j’accepte, me poussent à mieux préciser mes idées (dans une langue qui je metrise encore moins que l’anglais).
c’est absolument vrai que la situation des libertés au maroc est beaucoup plus complexe par rapport à mes deux o trois commentaires « antagonistes ». et il est aussi vrai qui fouad a commis une erreur. mais je suis encore convaincu des deux questions qui je répute très importantes : (1) fouad a subis un abus injustifié et (2) l’excès de pouvoir exercé contre fouad montre, à mon humble avis, que la situation des libertés au maroc est une situation limitée.
loin de moi de vouloir donner une image de « trou noir » du maroc, pays qui m’a accueillit chaleureusement pendant quatre ans et qui me manque maintenant énormément. si je l’ai fait, je m’excuse (moi seul vers un pays entier!). en plus de ça, je ne suis pas du tout dans la position de faire de critique: mon triste pays (l’italie) connais ces jours ci des problèmes peut être plus graves.
néanmoins, quand on dit que au maroc on peut s’exprimer « à peu près sur tout », on dit une chose importante qu’il faut dire avec honnêteté: au maroc il y a des véritables tabous dont on ne peut pas parler. on ne en parle pas parce que on sait que on risque d’avoir de problèmes mais aussi parce que on a pas l’habitude de le faire. et c’est quand on a perdu l’habitude de parler que le tabous reste dans nous sans même pas en avoir conscience.
si des sites ou des services web ne sont pas accessibles pendant des périodes sans avoir ni une justification légale ni une explication officiel, cela veut dire que internet est un moyen sous le contrôle arbitraire d’une autorité qui ne veut pas rendre compte au citoyens. il y a pire, on est d’accord, mais il y a aussi mieux.
mais merci, mille fois merci pour avoir pris le temps de m’ècrire tout ça.
Nous nous rapprochons d’une position commune ! D’accord avec toi sur de nombreux points :
1. Oui - il y a des tabous, 3 sujets (clairement identifiés) dont on ne peut parler avec toute la liberté critique qu’on pourrait espérer.
2. Oui - il y a des suspensions arbitraires, qui montrent que le système est loin d’être parfait, et qu’une vigilance permanente est absolument requise.
3. Oui - Fouad Mourtada est dans une situation horrifiante et incompréhensible pour un pays en voie de libéralisation.
4. MAIS je continue à placer le débat sur le terrain de la disproportion entre le ‘délit’ et la ‘peine’ (donc sur celui d’un système judiciaire défaillant), plutôt que sur celui de la liberté d’expression.
Usurper l’identité de quelqu’un sur FaceBook n’est pas pour moi un enjeu de liberté d’expression sur le Web - et c’est précisément cet amalgame que j’essaie (très modestement !) de dissiper. ; )
Paolo, tu as été trop humble et timide dans ta réponse à ton ami.
Je regrette mais je suis en total désaccord le point 4 de “ton ami”.
Expliquer “la disproportion entre le délit et la peine” par la “défaillance du système judiciaire”, c’est soit se voiler la face vis-à-vis de la réalité. Le système judiciaire du pays n’est du tout “défaillant” dans ce cas-précis: c’est justement parce que Mourtada a touché un sujet extrêmement “tabou” selon les “normes” sociétales du pays, que la peine est et doit être lourde. Ici c’est le tabou qui a sanctionné. Si le sujet n’était pas tabou, il n’y aura même pas de “peine”.
Imaginez maintenant ce qui se passerait si nous avions le même cas en Angleterre où un certain John Smith s’enregistre en tant que Duc de York, voire la Reine d’Angleterre elle-même sur Facebook?
Probablement rien du tout, parce qu’il y a déjà des tonnes de jouneaux (The Sun en premier) et de sites internet dédiés à étaler la vie des membres de la famille royale sur place publique et que personne ne pourra croire une seule seconde qu’un membre de la famille royale s’enregistre sur Facebook pour étaler sa vie privée.
Pourquoi: simplement parce que la famille royale d’Angleterre n’est pas un sujet tabou et que la liberté d’expression est de vigueur en Angleterre. CQFD.
Le débat reste donc sur la liberté d’expression et ses sujets tabous au Maroc, et non sur la défaillance du du système judiciaire.